Les Observatoires Photographiques du Paysage (OPP) sont des outils visant à saisir et à documenter les évolutions des paysages au fil du temps à l'aide de la photographie. Les OPP s’appuient sur des séries chronologiques de photographies reconduites à intervalles réguliers, prises à partir de points de vue fixes soigneusement sélectionnés. Les séries de clichés produites permettent ainsi de rendre visible « l’invisible » des différentes modifications, subtiles ou marquées, des paysages à travers le temps.
Pour comprendre l’évolution des paysages
Les OPP sont souvent utilisés pour étudier l'évolution des caractéristiques naturelles et humaines d'un territoire, tels que les changements liés à des phénomènes naturels (érosion, croissance de la végétation, évolution des cours d'eau…) ou à des transformations d’origines anthropiques (urbanisation, déprise agricole, changement climatique…). L’identification des transformations survenues dans les paysages révèle alors les différentes dynamiques d’évolutions qui les traversent à court, moyen et long terme.
…et interroger leur devenir
Outils privilégiés de caractérisation des paysages et de leurs dynamiques d’évolution, les OPP font toutefois l’objet d’un faible saisissement par les acteurs de la planification urbaine et territoriale.
Outil pertinent pour comprendre l’évolution d’un territoire, il a une double vocation en apportant à la fois de la connaissance et un potentiel d'analyses et de l’aide à la décision pour les acteurs de l'aménagement et de l'urbanisme d'aujourd'hui et de demain.
S’ils sont de précieux outils d’analyse et de médiation des évolutions des paysages, les OPP présentent toutefois deux limites principales :
- Les difficultés posées par leur reconduction sur le temps long (financement, portage…), a fortiori lorsque ceux-ci se calent sur les cadres méthodologiques extrêmement normés, définis à l’échelon national
- Leur faible mobilisation par les acteurs de la fabrique urbaine et territoriale qui contraint leur capacité à influer sur les démarches de planification et d’aménagement.
A ce titre, et après une trentaine d’années d’existence, de nouveaux enjeux se posent donc pour les OPP, et en particulier celui de « faire de l’OPP un levier d’aide à la décision d’aménagement et adapter ainsi les politiques territoriales au regard des évolutions du paysage »
L’observatoire photographique du paysage (OPP) repose sur un principe simple : reconduire des campagnes photographiques dans un lieu et sur un temps donné, permettant d'appréhender les évolutions passées et à venir d'un territoire.
Une méthodologie nationale a été mise en œuvre dès 1991 par le Ministère de l’Environnement qui lance la création de l’Observatoire Photographique national du Paysage (OPNP) afin de constituer un fonds de série photographique qui permettent d’analyser les mécanismes et facteurs de transformations des espaces. Celui-ci est l’héritier de la mission Héliographique lancé en 1851, des campagnes menées par la restauration des terrains de Montagne entre 1847 et 1882, et plus récemment par la mission photographique de la DATAR qui entre 1984 et 1989 avait fait appel à 29 photographes professionnels pour documenter les paysages français.
Cet OPNP s’organise autour d’itinéraires photographiques chacun constitué d’une série de photographie montant un point de vue initial et ses reconductions
Initialement la méthode nationale prône un cadrage fixe, le recours à un photographe professionnel, des temps de reconduction entre 2 et 5 ans et un nombre minimum de 40 points. Mais celle-ci en 30 ans de mise en œuvre a été approprié par des acteurs très variés : Parcs naturels régionaux, Collectivités locales, associations qui selon leur spécificité territoriale l’ont fait varier.
En 2025, le territoire régional compte 20 Observatoires existants dont un en création avec des maitrises d’ouvrages variées : services de l’Etat, collectivités, PNR , associations et grâce au soutien de la DREAL qui pilote la politique publique du paysage.
Le plus ancien, celui du Plateau de l’Arbois dans les Bouches-du-Rhône créé en 1992 par la DREAL , compte 30 campagnes de reconduction.
Les OPP sont autant d’outils de connaissance que d’innovations. On peut notamment citer l’Observatoire du « paysage littoral vu depuis la mer » qui propose une vision inversée du littoral méditerranéen, mesurant les effets des activités humaines et des phénomènes naturels sur les côtes, ou l’Observatoire « GR 2013 » qui « bouscule » le protocole institutionnel en en ayant notamment recours à la participation citoyenne pour assurer les reconductions et adopter les points de vue.
L’observatoire régional a été créé en 2005 dans le cadre du projet « PAYS. DOC » dans le cadre du programme Interreg Med. Ce projet rassemblant 13 régions méditerranéennes avait pour objectif notamment de créer un observatoire commun constitué de 467 sites dont 35 sur le territoire régional. La méthode de sélection de ces 35 points a utilisé la matrice développée dans le projet PAYS DOC. La commande photographique a été réalisé par Réné Guerin pour le compte de l’Union régionale des CAUE. Cette commande a été complétée en 2008 par un second itinéraire de 50 points réalisé par l’Agence NEMIS sur le volet analyse paysagère et le photographe David Huguenin offrant ainsi une perspective différente notamment sur les paysages du quotidien.
En 2024 dans le cadre du dispositif des Fabriques de la Connaissance, la Région a souhaité lancer une reconduction de ces OPP pour en faire des outils d’aide à la décision efficient pour la réalisation d'un document de planification stratégique à valeur prescriptive comme le SRADDET.
Ainsi en septembre 2025, une équipe d’étudiants du Master 2 « Paysage Aménagement et Urbanisme Écologique » de Institut d’urbanisme et d’aménagement régional (IUAR) d’Aix-Marseille Université a travaillé sur une première séquence de reconduction sur la partie littorale du territoire régional.
Ce projet appelé « Litt’Opp » a permis en sus de la reconduction des 21 points existants d’établir 29 sites supplémentaires réalisés par les étudiants, soit sous la forme de points de collaborations (sites choisis à la suite d’un échange avec les services de la Région en fonction de dynamiques d’aménagement ) ou des cartes blanches. Le projet Litt’Opp constitue un focus tout particulier et interroge la dimension analytique de cet outil en proposant une lecture évolutive et critique des paysages.
Ces travaux ont donné lieu à une présentation le vendredi 7 mars par les étudiants en Master 2 de IUAR.
Présentation Accédez à l'étude finale En savoir plus
L’Observatoire Photographique du Paysage hérite d’une histoire des représentations qui lie la photographie aux pratiques aménagistes.
